La souffrance revêt plusieurs facettes et nous permet de nous rendre compte du caractère Sacré de la Vie…

Dans un contexte qui nous pousse toutes et tous dans nos limites, il nous semble important de nous arrêter sur une notion connue de chacun et qui revêt plusieurs significations.

Pour commencer, rappelons que le mot « souffrance » vient du latin sufferre, de ferre qui signifie « porter un fardeau » et contient un sens d’effort. Distinguons donc d’emblée la Douleur, de la Souffrance, même si elles sont intimement liées, et nous nous focaliserons sur cette dernière dans notre article.

Comme à notre habitude, pour nous approcher d’une vue 360 degrés de la Souffrance, nous choisissons de prendre 3 points de vue différents et complémentaires, à savoir :

  • Celui du scientifique et du médecin
  • Celui du philosophe
  • Et celui du disciple de la Vie

La Souffrance vue par le scientifique et le médecin

Le domaine d’étude scientifique qui vise, notamment, à trouver un moyen de quantifier la souffrance et de la suivre est illustrée par les sciences cognitives. D’emblée, cette branche des sciences nous met en alerte sur les stéréotypes qui consisteraient à associer la douleur aux aspects physiques et la souffrance à l’esprit ou au mental.

Les sciences cognitives, appuyées par la philosophie, mettent d’ailleurs en évidence la difficulté d’une définition de la souffrance car celle-ci revêt une double nature, à savoir :

  • D’un côté une émotion ponctuelle suite à chute à vélo, à une opération localisée…
  • De l’autre, une condition perpétuelle suite à la perte d’un enfant (pour des parents), à une maladie chronique…

D’après le Docteur BUSTAN de l’INSERM et sur base d’études précédentes des années 70, la souffrance peut-être décomposée en 4 dimensions :

  • L’aspect physique
  • L’aspect émotionnel
  • L’aspect mental (cognitif)
  • L’aspect existentiel (social)

En lien avec la douleur (en considérant que la souffrance est une composante de la douleur), les patients peuvent alors indiquer, grâce à une éventail, ce qu’il ressente et ainsi exprimer leur état pour permettre aux personnels soignants de mieux les comprendre.

 

La Souffrance vue par le philosophe

 

Les philosophes permettent aux scientifiques de mieux comprendre les impacts de la souffrance sur le rapport à soi-même et à autrui notamment dans les établissements de soin.

Par exemple, Paul Ricoeur, philosophe contemporain associe la souffrance à l’isolement et identifie 3 degrés d’isolement du « souffrir » (celui qui souffre) :

« Au plus bas degré… autre que tout autre, le souffrant est UNIQUE. Au degré suivant…l’autre ne peut ni me comprendre, ni m’aider; entre lui et moi, la barrière est infranchissable : solitude du souffrir…Au degré de stridence plus intense, l’autre s’annonce comme mon ennemi, celui qui me fait souffrir (insultes, médisance…). Enfin, au plus haut degré de virulence, se déchaîne le sentiment fantasmé d’être élu pour la souffrance. C’est de là que surgit la question du « pourquoi moi ? pourquoi mon enfant ? » […] c’est l’Enfer du souffrir… »

Pour les philosophes du courant dit « pessimiste », tel que Schopenhauer au 19ème siècle, la Vie oscille entre souffrance, désir et ennui. La souffrance est partout et en tout ; la naissance, la vie, la maladie, la mort, l’esclavage, les guerres, les foyers, les couples…

Si on remonte au 3ème siècle av JC, chez les Stoïciens, nos souffrances viennent d’un désalignement entre nos désirs et les lois du Monde. Pour les Stoïciens, ce que nous pouvons gérer réside dans nos réactions intérieures face à des événements extérieurs. La recherche du désir, du bonheur, de la joie, n’est pas un but en soi et pour eux, il convient de ne pas en être dépendant.

 

La Souffrance vue sous l’angle de la spiritualité

 

Les Sumériens percevaient la souffrance comme quelque chose qui avait du sens pour celui ou celle qui souffrait dans le sens où s’il y avait souffrance, il y avait une raison valable de celle-ci (non-respect de rituels, des divinités, de règles de vie en société ; en couple…). Parfois, aucun excès ou non-respect n’était à noter mais il était convenu que la seule volonté des Divinités pouvait suffire à expliquer une souffrance (physique ; émotionnelle…).

On retrouve cette notion de la souffrance associée aux « péchés » dans les religions monothéistes, même si cette souffrance n’est pas souhaitée, ni décrétée par Dieu.

Néanmoins, et dans ces situations, la souffrance permet alors de voir émerger une entraide collective pour aider, accompagner celui ou celle qui souffre et même si elle ne semble pas avoir du sens, elle peut s’accompagner de réactions fraternelles.

Les civilisations Bouddhistes et Hindouistes vont plus loin par rapport à la souffrance et nous expliquent que celle-ci a tout son sens dans la grande roue du Karma qui régit ce que nous vivons aujourd’hui par rapport à ce que nous avons pu dire, faire, penser précédemment. Elle, la souffrance, peut être évitée grâce à un travail intérieur…

Dans un monde de dualité (Maya), la souffrance est donc porteuse d’enseignements et nous permet de changer notre façon de vivre (profiter du présent, de sa famille…), de manger (moins en quantité et plus en qualité…), d’interagir avec nous-même et avec autrui (en faisant preuve de bienveillance, de compréhension, de respect…).

Aussi, tous ces enseignements spirituels nous amènent, tel le Bouddha, à pouvoir nous élever au-delà de la dualité, au-delà des 5 sens, au-delà du désir pour trouver un point d’équilibre intérieur et extérieur.

En somme, dans ces alternances de vies tantôt pauvre, tantôt riche, tantôt grand, tantôt petit, tantôt manuel, tantôt intellectuel…nous apprenons ultimement à nous aimer, à aimer notre environnement et à aimer autrui dans sa différence.

Puissions-nous méditer pour mieux dépasser la dualité

Puissions-nous tirer des enseignements de chaque souffrance ressentie, quitte à nous faire accompagner pour les identifier

Puissions-nous pratiquer cette entraide fraternelle de manière spontanée

Vav Menah

Photo by Nick Fewings

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